WHISTLER – C’est le mot français, luge, qui a donné son nom à ce sport. Considérée comme l’une des épreuves olympiques d’hiver parmi les plus dangereuses, elle fait son apparition aux JO d’Innsbruck de 1964. Les compétiteurs, allongés sur le dos, pieds en avant, s’élancent sur une piste glacée atteignant des vitesses pouvant dépasser les 150 km/h. Portrait d’un sport méconnu.
« C’est le plus compliqué de tous les sports de glisse. Il regroupe les fondamentaux techniques du skeleton et du bobsleigh », explique Thomas Girod, premier représentant du tricolore aux épreuves de luge simple à Vancouver 2010. Après une première expérience olympique qui l’a mené au 22e rang du classement général, il accepte de nous rencontrer pour nous informer des dessous techniques de son sport.
« Ça implique un entraînement quotidien où je travaille surtout la musculation, la coordination, la réactivité et la vitesse. L’été, j’insiste sur la préparation physique. Je travaille la technique à la luge surtout l’hiver lorsque la piste est gelée ». Mieux vaut en effet être en bonne condition physique pour ces compétiteurs qui doivent parfois encaisser des charges gravitationnelles comparables à celles subies par un pilote de chasse.
C’est en bougeant légèrement les jambes et les épaules que les lugeurs gèrent les virages du grand tube blanc. « On recherche la fluidité dans le pilotage en trouvant un équilibre entre les forces centrifuges et les forces centripètes. On doit éviter de crisper son corps dans les descentes ». Une règle faisant autorité dans le milieu veut aussi que le temps perdu au départ, étape cruciale de la descente, soit multiplié par trois à la fin.
Dans un sport où tout se mesure au centième de seconde près, plusieurs paramètres et facteurs extérieurs doivent être pris en considération, à commencer par la qualité du matériel. « C’est comme de la formule 1 », fait savoir le lugeur français. Difficile donc de s’aligner aux côtés des grandes nations comme l’Allemagne, qui domine dans les sports de glisse grâce entre autres aux sommes importantes investies en recherche et développement. « L’Allemagne est un marché fermé. En achetant à d’autres nations, on part toujours un cran en dessous. Il était pour moi irréaliste d’espérer une médaille même si je me suis présenté aux JO dans de bonnes conditions », précise Girod, qui s’est immergé cet hiver dans l’équipe d’Autriche pour continuer de progresser.
Un financement insuffisant oblige aussi l’athlète français à gagner son pain en exerçant à temps partiel le métier d’agent technique d’entretien dans sa commune de Mâcot, en Savoie, pour arriver à vivre de son sport pendant la saison hivernale.
À cela s’ajoute bien évidemment une préparation mentale rigoureuse. Sur ce plan, le défi a été double aux Jeux de Vancouver avec le tragique décès du lugeur géorgien la veille des épreuves de luges simples. « C’était terrible. On a tous entendu le bruit quand c’est arrivé, tout le monde tremblait. Ça m’a vraiment affecté, mais en même temps, ça m’a aidé à focaliser davantage sur ma course pour arriver à en faire abstraction », relate-t-il, la voix chancelante, en rappelant que son ex-entraîneur avait déjà pris le défunt lugeur sous son aile.
Sinon, un travail soutenu de visualisation s’impose pour en arriver presque à oublier la piste. Le compétiteur en luge doit d’abord se « mettre en condition », sorte d’état second dans lequel il visualise sa descente en mouvement, calculant même le rythme de sa respiration. « C’est un processus mental que l’on fait à répétition avant, pendant et après l’entraînement. Souvent, je le fais même le matin avant d’entrer dans la voiture. »
Avant de s’élancer sur la piste du Centre des sports de glisse de Whistler, tous les lugeurs ont eu l’opportunité de descendre la piste à pieds pour l’étudier dans ses plus menus détails. « Les tracés ne changent pas, mais tous les formats de virages changent. C’est surtout la condition et l’épaisseur de la glace qui nous intéresse ».
Toujours à Vancouver, tous les pays, à l’exception du Canada, ont eu droit à six manches de reconnaissance. L’équipe canadienne se sera approprié la piste, ayant bénéficié de près de dix fois plus de temps de pratique. « C’est le pays hôte après tout. Seulement, je dois dire que c’était à la limite du fairplay », commente Girod. Le tracé de la piste de luge fut néanmoins raccourci après l’incident du 12 février.
Les épreuves individuelles de luge aux JO comprennent quatre manches s’échelonnant sur deux jours. Le lugeur qui obtient le meilleur temps total pour les quatre courses l’emporte. Une nouvelle adaptation pour le nouveau venu en circuit olympique. « Je vous avoue que c’était complètement nouveau pour moi. Les compétitions sont habituellement sur un format de deux manches. Ce fut donc une course à la régularité et à la performance; j’ai dû vraiment apprendre à canaliser toute mon attention sur chaque manche. »
Aux JO de Vancouver, le Canada n’a pas réussi à récolter une médaille aux côtés des athlètes allemands, italiens et autrichiens. L’équipe canadienne masculine a terminé 8e et 14e au classement général en luge simple et 7e et 14e en luge double. L’équipe féminine s’est quant à elle mérité une 17e, une 19e et une 26e place en luge simple.
Article rédigé dans le cadre du projet Franco Médias 2010. À voir sur le site www.francomedias2010.ca

